La disparition de la famille Godard. Fiction.
Il y a près de 25 ans, quand j'avais entendu parler de cette disparition, j'avais tout de suite pensé à une collision avec un navire. Mais l'idée de l'écrire et de mettre de l'ordre dans mes intuitions m'est venue il y a quelques mois alors que je remontais la Mer Rouge à bord de Coccinelle, en écoutant le podcast d'une émission de la série 'Affaires Sensibles' sur France Inter, et qui traitait de l'affaire Godard. J'avais été déçu du récit documentaire, des témoignages reproduits, et surtout des conclusion abracadabrantesques d'Eric Lemasson, l'auteur du livre 'L'assassinat du Docteur Godard'. J'ai cependant acheté et lu le livre, pour me cultiver sur l'histoire. Il est très bien documenté. Mes réflexions sont théoriques, mais je pense cohérentes. Elles concernent dans un premier temps la partie maritime. Puis je me suis pris au jeu, et j'ai également réfléchi à la disparition de Marie Godard.
Et si l'explication passait par deux histoires quasi distinctes ? D'une part, la disparition du Nick à la suite d'une fortune de mer. Et d'autre part, l'assassinat de Marie Godard.
Première énigme: la disparition du Nick avec à bord Yves Godard et ses 2 enfants.
Octobre 1998.
Deux ans plus tôt, entre avril 1995 et juin 1996, à bord de Orca, mon petit voilier de 8 mètres, j'avais navigué autour du Monde à bride abattue, allant de Morlaix à Morlaix, en quinze mois, par Panama et Suez. Mon bateau était basique, pratiquement pas d'électricité, et la nuit je me signalais avec une lampe à pétrole suspendue au pataras. Ce jour d'octobre 1998, il fait nuit, les marées étant ce quelles sont, rares sont les ports qui en Bretagne Nord accessibles à toute heure. Pour sortir de Binic, et renter à Dahouët, je n'avais d'autre choix ce jour là que de naviguer de nuit. Huit milles nautiques environ séparent les deux ports. La route passe à quelques milles de la position où sera retrouvé plus tard le crâne de la petite Camille Godard. Je navigue à la voile, mais je n'ai aucun feu, les seuls dont je dispose sont à piles et les piles sont mortes. C'était une grosse négligence de ma part. Je me souviens encore, nous sommes un dimanche soir, je suis bien sûr dehors, en veille, la nuit est sombre. Je surveille les alentours, je ne distingue aucun feu à l'horizon. C'est arrivé en quelques secondes. Un bruit de moteur puissant. Et l'instant d'après la masse noire d'un gros bateau de pêche, en provenance du port du Légué, sans aucun feu de navigation (comme moi!), sans lumière aucune à la timonerie, il est passé à quelques mètres devant moi. A quelques secondes près, c'était la collision, et à ce petit jeu débile, j'aurais été perdant.
Janvier 2008.
La P'tite Julie, un chalutier, débarque sa pêche à Erquy. Soutage effectué, le chalutier de 25 mètres reprend la mer, à destination de sa zone de pêche, en Manche, entre les Scilly et la pointe Bretonne. A Erquy, après que la cale à poisson eût été vidée, un matelot l'a lavée à l'aide de la lance à incendie, à très gros débit, il s'agit d'une pratique courante. L'eau est ensuite évacuée des fonds de la cale à poissons par une autre pompe, via un puisard équipé d'une crépine. La P'tite Julie fait ensuite route au Nord Ouest pour aller contourner la Horaine puis les Héaux de Bréhat. Une fois quitté l'abri de la baie de Saint-Brieuc, le navire fait face à un vent frais, de 25 à 30 nœuds, avec des rafales de 35 à 40 noeuds, avec la mer du vent, autour de 4 mètres. A 2h30 du matin, la relève de quart qui aurait du être effectuée ne l'a pas été. L'homme de quart après avoir doublé Bréhat s'est-il assoupi ? En tous cas nul à bord du navire n'a remarqué que, heure après heure, la vitesse du chalutier diminuait, probablement au rythme de l'eau qui montait dans la cale à poisson. Sans que nul ne remarque le changement de comportement du navire. La vitesse et la position des navires de pêche sont relevés chaque heure par le CROSS, et une fois corrigées des courants de marée, on obtient les vitesses fond. Elles sont sans équivoque. Dix nœuds à 19h00, après avoir quitté Erquy. Neuf nœuds à 23h00, 8 nœuds à 2h00, 6.4 nœuds à 4h00, 5.3 nœuds à 04h44, heure à laquelle a été lancé l'appel de détresse. Avec 1 mètre d'eau dans la cale, La P'tite Julie s'était déjà alourdi de 20 tonnes. 40 tonnes avec 1.5 mètres. 64 tonnes avec 2 mètres. Et quand le navire a coulé, par l'avant, il s'était probablement alourdi de 100 tonnes. Sur les sept membre d'équipage, un seul a survécu. (https://www.bea-mer.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/RET_LA_P_TITE_JULIE_1_Site.pdf).
Juillet 2013.
A bord de Coccinelle, nous sommes en mer depuis 24 jours, depuis que nous avons quitté Honolulu, Hawaï. Nous approchons des côtes d'Alaska. Nous vivons notre troisième coup de vent depuis le début de la traversée. Les deux premiers nous les avons négociés à la cape, confortablement, en faisant le gros dos, pour ne pas abîmer le bateau, pour ne pas risquer une avarie. Mais là Sitka n'est plus très loin, à 25 milles environ. Au milieu de la nuit, qui ne dure pratiquement plus, nous avons envoyé le tourmentin, orange fluo, incongru au milieu de la grisaille environnante. Les conditions sont rudes mais encore maniables, vague après vague, le voilier de 11 mètres monte et descend, gîté. Tout à l'heure je suis sorti faire quelques images avec la GoPro, avant de redescendre préparer le petit déjeuner des filles (4 et 6 ans à l'époque) qui viennent de se réveiller. Quand soudain un bruit assourdissant se fait entendre. Au même moment, le chuintement de l'eau sur la coque a cessé. Nous venons de démâter (https://voiliercoccinelle.blogspot.com/search?updated-max=2014-09-26T18:04:00-07:00&max-results=7). L'espar, les voiles, l'antenne du radar, montent et descendent au gré des vagues, ensemble difforme, pantin désarticulé et désespérant, dans cette eau à quelques degrés seulement. Comment en est-on arrivés là ? Par quel concours de circonstances notre mât s'est-il brisé, avec pourtant un gréement dormant changé tout juste deux ans auparavant ? Entre Marquises et Hawaï, il avait fallu batailler avec un vent plutôt musclé, qui avait tendance à venir de l'avant, le résultat d'un ZITC active, et qui avait lourdement mis le gréement à contribution. Sur le bas hauban tribord, quelques torons avaient cédé. J'avais alors renforcé le câble à l'aide de fibre de Dyneema, et à Honolulu, un gréeur m'avait refait un câble. En Amérique du Nord, les mesures sont impériales et non pas métriques comme chez nous. Le gréeur m'avait alors fait part de son doute, il avait serti une boule qui lui paraissait un peu petite au vu du diamètre de la coquille. J'avais validé. Un peu moins de quatre semaines plus tard, la boule était passée à travers la coquille, entraînant la chute et la perte du mât et de l'intégralité du gréement. A petit détail, de lourdes conséquences.
Notre voilier Coccinelle avec son mât brisé au large des côtes d'Alaska.
Mercredi 1er septembre 1999.
Yves Godard, médecin installé à Caen, accompagné de deux de ses enfants, Camille, 6 ans, et Marius, 4 ans, retrouve à 10h30, au port des Bas Sablon, à Saint-Malo, le gestionnaire de la société Alet Location, auprès de laquelle il a loué un voilier, le Nick, un Jeanneau Sun Odyssey 30, pour quelques jours. Il gare son mini bus Volkswagen sur le parking des Bas Sablons, le port de plaisance de Saint-Malo. Le bateau a été réservé le 17 août pour le mardi 31 août. Au dernier moment, le 31, Yves Godard a reporté le rendez-vous au lendemain 1er septembre : en effet ce 31 août à la suite du décès d'un proche de l'équipe enseignante les cours avaient été annulés. Aussi Yves Godard a-t-il emmené Marius et Camille à une partie de pêche à la ligne, sur le pourtour d'un étang de la région. A 11h, l'agent de la société de location voit Yves Godard et ses enfants remonter dans le van. Ce 1er septembre à Saint Malo, en attendant que la marée ne monte et permette au voilier de sortir du port des Bas Sablons, Yves Godard part faire quelques courses, à l'Intermarché situé à 15 mn du port en voiture, où il achète notamment un flacon de MIR et deux rouleaux de sacs poubelle, une serpillière, des paquets de bonbons et de biscuits, des jouets pour enfants, et, plus surprenant pour un homme qui ne boit plus une goutte d'alcool, une bouteille de whisky. Et quelques trucs à grignoter. Il paye avec sa carte de crédit, il est 11h39. Quelques heures plus tard, quand la hauteur de la marée le permet, il quitte le port. Ce soir là pour la dernière fois, son téléphone portable (à l'époque, le téléphone mobile en était à ses balbutiements) borne sur l'émetteur de Saint Lunaire. Plus tard le vigile du port indiquera avoir trouvé, lors d'une ronde de nuit, la porte latérale du VW entrouverte, ainsi qu'une vitre tout aussi ouverte. Il fermera les deux. La veille, le 31 août, en fin de journée, vers 20h, heure approximative à laquelle Yves Godard est rentré de la partie de pêche, Fanny, la fille de 16 ans de Marie, issue d'une précédente union, et qui vit avec le couple en garde alternée, avec son frère Léo, parle au téléphone avec sa mère, et à aucun moment celle-ci n'évoque le départ en voilier. A 21h, Yves Godard sort les poubelles.
Un Jeanneau Sun Odyssey 30 semblable au Nick.
Jeudi 2 septembre 1999.
Le lendemain, en fin de journée, le petit navire des Douanes DF 79 La Rance patrouille entre Cap d'Erquy et Cap Fréhel. Devant les Sables d'Or, la brise est légère mais suffisante pour naviguer à la voile, plusieurs voiliers naviguent d'ailleurs à la voile, sauf un, le Nick, qui navigue au moteur, tirant derrière lui son annexe. Ce qui intrigue les douaniers. Il fait route à l'Est. Après s'en être venus à couple, l'un des douaniers, Roberto Fraga, monte à bord du Nick, pour un contrôle de routine. Il est 19h30, et pourtant les deux enfants dorment à l'intérieur du bateau, la grande, Camille est allongée sur une banquette du carré, dans une position surprenante, sur le ventre, les bras le long du corps, le petit Marius étant quant à lui et selon les dires du père, assoupi dans la cabine arrière. Le douanier reste dehors quand Yves Godard descend chercher les papiers, le fonctionnaire n'a aucune raison de descendre dans le carré, et Yves Godard lui a demandé de prendre la barre. Le douanier regagne son bateau La Rance. Yves Godard est un habitué des lieux. Il a passé son enfance à Saint Briac, même s'il est né à Paris. Ce sera la dernière fois que la présence du voilier et de son équipage sera avérée de façon formelle.
Le petit patrouilleur 'La Rance', qui a contrôlé le Nick devant les Sables d'Or (22).
Vendredi 3 septembre 1999.
Fanny, en compagnie de son frère, était sensée revenir ce vendredi à Tilly. Elle ne réussit pas à avoir sa mère au téléphone, inquiète, elle se rend sur place, conduite par son père qui attend dans la voiture. Elle ne remarque rien, et notamment pas les traces de sang sur le lit, dans l'escalier et dans le salon. Mais elles sont déjà là puisque le plaid maculé a été mis dans le lave linge, qui a tourné, mais n'a pas été vidé. Elle le trouve, le remet sur le canapé. Sur la table, elle découvre le petit mot qu'Yves Godard a laissé à son attention et celle de son frère. Il est écrit : « Léo, Fanny. Nous partons quelques jours, pour décompresser. Nous revenons dimanche. Signé : Yves, Maman ». Rassurée, Fanny rejoint son père dans la voiture et s'en va. La disparition de Marie est donc intervenue entre le mardi 31 août vers 20h00, et le vendredi 3 septembre aux environs de 16h30.
Dimanche 5 septembre 1999.
A 35 milles au Nord de Roscoff, le fileyeur Askara aperçoit à la surface de la mer une petite annexe, de type Bombard ou Zodiac AX2 ou AX3, célèbre pour son plancher à lattes qui se roule avec l'annexe. Les rames sont engagées dans les dames de nage, le bout d'amarrage est à l'intérieur de l'annexe. Coincé sous une latte, les marins de l'Askara découvrent une veste de mer jaune, avec à l'intérieur dans une poche, un chéquier au nom de... Yves Godard. Cette position est située à 90 milles des Ebihens. L'affaire est lancée.
Le fileyeur Askara, de Roscoff, qui a découvert l'annexe du Nick au Nord des côtes Bretonnes.
Mardi 7 septembre 1999.
A Saint-Malo les gendarmes découvrent des taches de sang à l'arrière du VW d'Yves Godard. Il est stationné sur le parking du port des Bas Sablons. Les portes ne sont pas condamnées, comme l'avait remarqué le vigile.
Mercredi 8 septembre 1999.
Les gendarmes découvrent au domicile du couple d'importantes traces de sang dans la chambre conjugale, la salle de bains et le salon. Le sang appartient à l'épouse de Yves Godard, Marie. Nul ne la retrouvera jamais. Les enquêteurs découvrent aussi un bien étrange agenda, celui sur lequel Yves ou Marie Godard notent les futurs rendez-vous avec les patients. Pour ces quelques jours qui vont jusqu'au vendredi 16 septembre, les horaires et les noms, qui avaient été notés au crayon papier, ont été gommés, mais de façon grossière. Les enquêteurs n'auront ensuite aucune difficulté à les faire apparaître. Et constateront que si pour la moitié d'entre eux il s'agissait bien de véritables patients du docteur, les autres étaient bidons, ils n'existaient pas. Cet agenda est venu épaissir encore un peu plus le mystère.
La maison de la famille Godard à Tilly sur Seulles.
Vendredi 16 septembre 1999.
Dix jours déjà que Yves Godard accompagné de ses enfants aurait du ramener le Nick à Saint-Malo. L'annexe a été retrouvée au large de l'île de Batz. Un voilier découvre, au large du Cap de la Hague, une brassière de sauvetage marquée au nom du Nick. Le mystère s'épaissit.
Jeudi 22 septembre 1999.
Côte Sud de l'Angleterre, sur une plage du West Dorsett, une mamie qui promène ses chats en laisse aperçoit sur la plage ce qui ressemble à un bateau gonflable... en grande partie dégonflé. Il s'agit d'un radeau de survie modèle Transocéan Classe 2, fabriqué par la société Plastimo à Lorient. Plus tard il sera inspecté par les ingénieurs de l'entreprise. Ces radeaux sont équipés d'une bouteille d'air comprimé qui se déclenche après qu'il ai été donné un coup sec sur le cordage qui le retient le radeau (conditionné en container) au bateau. La bouteille a été arrachée, mais le radeau ne s'est pas complètement dégonflé. Il est également noté que les poches d'eau, situées sous le radeau et dont le rôle est d'une part de ralentir la dérive du radeau, et d'autre part de l'empêcher de se retourner dans le mauvais temps en jouant le rôle de lest, ont été arrachées. Idem pour la tente, et dont il ne reste rien ; tout a été arraché. Le radeau du Nick récupéré sur cette plage était aux ¾ dégonflé. Détail intéressant lors de cet examen réalisé chez Plastimo par les enquêteurs, des fragments d'amarre de couleur bleue ont pu être récupérés au fond du radeau, dans les replis des boudins. Les fins limiers de la gendarmerie ont même réussi à en identifier le fabriquant au Portugal. Ces cordages sont typiques des apparaux utilisés sur les bateaux de pêche. Un bâtonnet de sucette y a également été retrouvé.
16 janvier 2000.
Au Nord de l'île de Batz, pas très loin de là où quelques mois plus tôt, avait été récupérée l'annexe, le chalutier Mélissandre remonte dans ses filets un sac de sport vert. Il contient des vêtements d'enfant, sous pulls et coupe vents, des bottes et des tennis, des jumelles et des clés de voiture. Les cartes grises des voitures d'Yves Godard et de sa femme ; et un autre carnet de chèques. Ainsi qu'un marteau. Le sac a passé quatre mois dans l'eau. Quelques jours plus tard, un dragueur de mines explore la zone, à la recherche de l'épave du voilier, en vain.
5 juin 2000.
Cette nuit-là, entre Rohein et Grand Léjon, l'Indomptable, un petit bateau basé à Dahouët, remonte à bord un petit crâne. Dans la précipitation, le patron demande à son matelot de le rejeter à la mer. Ce qu'il fait. Quelques heures plus tard, il remonte un deuxième crâne. Ce deuxième ossement est conservé. Plus tard, les analyses ADN montreront que ce deuxième crâne était celui de la petite Camille. Le premier était probablement celui de Marius.
De février à juillet 2001.
Sur la plage de la Chapelle, aux Ebihens, devant Saint Jacut de la Mer, plusieurs cartes de crédit révolving et autres cartes de mutuelle, toutes au nom d'Yves Godard, sont retrouvées. Le mystère s'épaissit. Ces trouvailles vont s'étaler jusqu'au 14 décembre 2008, date à laquelle une ultime carte sera retrouvée, toujours sur la même plage.
13 septembre 2006.
Les années ont passé. Au niveau de la fosse des Casquets, à 35 milles au Nord de Roscoff et de l'île de Batz, le At Fyz, un navire de pêche, remonte à bord... un tibia et un fémur humains. Plus tard, les analyses ADN concluront que ces ossements appartiennent à Yves Godard.
Démêler l'écheveau.
Alors que s'est-il passé ? Et s'il y avait deux histoires distinctes dans cette affaire ? Des problématiques pléthoriques et inextricables si elles sont prises dans leur ensemble. Mais pas si on les découpe en deux. D'une part la disparition d'Yves Godard et de ses enfants, qui ne serait que le résultat d'une fortune de mer. Et d'autre part, la disparition de Marie Godard.
Ce qui va suivre n'est qu'une hypothèse, issue de mes réflexions. Mais tout concorde, et à chaque mystère correspond une explication plausible. Même si la justice a conclut qu'en aucun cas la disparition d'Yves Godard ne pouvait être liée à une quelconque fortune de mer.
Je suis marin, après avoir bouclé deux tours du monde à la voile je m'estime expérimenté, et je pense le contraire.
Retour en arrière : les 1er et 2 septembre 1999. Le Nick passe la nuit au mouillage aux Hôpitaux.
Le Nick quitte son catway dans l'après-midi du 1er septembre, dès que la hauteur d'eau au-dessus du seuil du port des Bas Sablons l'aura permis. Amoureux du coin dont il avait une parfaite connaissance, navigateur expérimenté, Yves Godard va probablement passer la nuit au mouillage aux Ebihens, ou alors aux Hôpitaux, sur la commune d'Erquy, ce joli mouillage à proximité de la chapelle Saint Michel, à une quinzaine de milles de Saint-Malo, soit trois petites heures de navigation. Ou peut-être même à Erquy. Lorsqu'il s'agit de changer de mouillage, il est commun de ne pas hisser la grand-voile, surtout si la mer est plate (la grand-voile hissée quand un voilier navigue au moteur évite qu'il ne roule trop) et de se contenter de se déplacer au moteur. L'annexe est alors remorquée derrière. Ce qui a amené la Douane à venir contrôler le Nick, au large de la plage des Sables d'Or. Il m'est arrivé par le passé d'être contrôlé par les Douanes uniquement parce que je naviguais... en novembre. A l'intérieur, selon les dires du douanier, les enfants dorment, Camille sur une banquette du carré, et Marius, aux dires du père, dans la cabine arrière. Un peu libertaire, voire même libertarien comme le prouvent ses accointances avec le CDCA (ex. CIDUNATI), dont il a été le trésorier départemental, ce qui explique les comptes détenus notamment à Madère, Yves Godard n'est pas très heureux de subir ce contrôle. Il répond sèchement au douanier. J'avoue être surpris par le fait que les deux enfants aient pu être endormis à 19h30 à l'intérieur du bateau. Peut-être s'étaient-ils beaucoup dépensés sur la plage ? Ce contrôle représente le dernier fait avéré de la présence du Nick à un endroit déterminé. Les autres témoignages seront bien entendu de bonne foi, mais arriveront après la médiatisation de la disparition de la famille. De la région de Plouha à l'île de Man, à la Crête ou au Brésil, et même l'Afrique du Sud, Yves Godard a été, après que sa photo eût été diffusée de façon massive, vu un peu partout. Il paraît même que des cosmonautes russes à bord de l'ISS auraient aperçu trois spationautes, vêtus d'un grand et de deux petits scaphandres, virevoltant autour de la Station Spatiale Internationale. Seule l'absence de lanceur disponible, suite aux problèmes de la Navette Spatiale États-unienne, a empêché les enquêteurs de s'y rendre.
Le drame : le Nick est abordé par un navire.
Ma cadette est montée sur le bateau alors qu'elle avait six semaines, l'aînée quant à elle avait un peu plus de deux ans. Les deux en sont descendues neuf ans plus tard. Entre temps elles avaient fait quatre traversées océaniques, dont une de 28 jours entre les Galapagos et l'île de Pitcairn. Les autres ont duré environ 24 jours. Elles avaient leurs repères à bord. Chaque après-midi en mer elles avaient droit à un temps d'écran, un dessin animé, ou un épisode de 'C'est pas sorcier'. Elles avaient leur boîte remplie à ras bord de Lego, une autre caisse dédiée aux doudous ou aux poupées, Barbie ou autres. Je ne crois pas qu'elles ne se soient jamais ennuyées à bord. Par contre je peux très bien imaginer que les choses fussent différentes avec des enfants qui n'ont pas avec eux leurs jouets habituels. Alors il est permis de penser qu'Yves Godard ai pris la décision de naviguer de nuit, afin de traverser la baie de Saint-Brieuc, et de prendre la direction des Heaux de Bréhat puis de Perros Guirec, où il avait, d'après Alet Location, l'intention de se rendre. Quand il a été contrôlé par les Douanes il faisait route à l'Est en traînant son annexe, ce qui laisse supposer qu'il avait l'intention de s'arrêter avant de prendre la direction des Heaux. L'annexe aurait sinon été remontée. La position où a été retrouvé le petit crâne laisse supposer que le Nick a embouqué le chenal d'Erquy, entre la côte et les roches éponymes, ce qui laisse supposer qu'il est allé mouillé pour dîner, après le contrôle douanier, devant Port Barrier, sur la commune de Fréhel, un mouillage précaire avec un quai qui sert parfois pour le chargement de pierres au départ de la carrière adjacente. Le prochain mouillage plus à l'Est se situe sous le Fort La Latte, mais pourquoi aurait-il fait autant route à l'Est avant de repartir au Nord Ouest ? Et c'est peut-être là, après avoir quitté le mouillage, et embouqué le chenal d'Erquy, qu'est survenu le drame. Le Nick a probablement été abordé par un navire. L'un a rattrapé l'autre et l'a percuté sur l'arrière. Admettons que le Nick naviguait à 4 ou 5 nœuds, à la voile ou au moteur, il aurait été heurté par un navire qui lui se déplace à 10 nœuds. Quelles que soient les conditions de mer. On imagine le choc violent, pas tant que ça cependant, dans le sens où l'étrave du navire pousse de l'eau, et cette eau a probablement amorti le choc. On peut imaginer que l'homme de quart, à la passerelle d'un navire de pêche, recherche dans la nuit essentiellement d'autres navires de pêche, qui sont en général éclairés par de puissants projecteurs. Afin d'être mieux repérés, certains allument aussi un gyrophare orange, similaire à ceux utilisés en agriculture. Mais pas un petit voilier. La saison en septembre se termine, chacun a repris le chemin du travail, les bateaux de plaisance sont désormais plus rares. Et ce d'autant plus de nuit. Et plus encore en baie de Saint-Brieuc, qui n'est pas un lieu de transit hauturier comme peut l'être le reste de la Manche. Alors il est permis d'imaginer que la personne de quart ne l'a pas vue, cette petite loupiote blanche au ras de l'eau (ou peut-être en tête de mât ?), sur le tableau arrière du voilier, qui signale sa poupe, et qui n'éclaire que faiblement. Et si ni l'un ni l'autre des navires n'avaient allumé leurs feux, comme cela m'était arrivé l'année précédente ? Les catastrophes sont dans la plupart des cas le résultat de l'accumulation de petits incidents, insignifiant s'ils sont pris indépendamment, et qui additionnés les uns aux autres déclenchent un cataclysme.
L'équipage du navire abordeur ne s'est rendu compte de rien.
J'ai commencé le récit de mes réflexions en citant le naufrage de La P'tite Julie. Ce bateau de 25 mètres a pu faire route toutes ces heures durant, face à une mer creuse de 4 mètres, tandis que le bateau se remplissait d'eau, mille après mille, sans que personne à bord ne remarque quoi que ce soit. Jusqu'à avoir à bord et selon le BEA jusqu'à 100 tonnes d'eau. La mer était grosse et on peut suggérer qu'ils souffraient tous d'un mal de mer tenace qui les aurait plongés dans un sommeil profond. Si personne à bord de La P'tite Julie n'a remarqué que le bateau avait embarqué autant d'eau, quid d'un petit voilier de 3 tonnes, long de 9 mètres, avec un morceau de mât accroché à l'étrave et qui dans la nuit ne se voit pas, à une dizaine de mètres à l'avant de la timonerie ? On peut imaginer qu'au moment de la collision, Yves Godard se trouvait à l'intérieur, où il était descendu pour un court instant, et non pas dehors avec ses enfants, sinon on n'aurait pas retrouvé ses os au large de l'île de Batz. S'il n'a pas réussi à en sortir c'est que aussitôt après l'impact le Nick s'est rempli d'eau, et il est probablement mort à ce moment là, à l'intérieur. Il n'aura pas vu le navire qui arrivait derrière sur une route de collision. On peut aussi supposer que ses enfants ne portaient pas de gilet de sauvetage, ces petites brassières oranges adaptées à leur morphologie. Sinon leur corps aurait flotté, et peut-être seraient-ils aujourd'hui toujours en vie. Mes enfants quand ils avaient l'âge de Marius et Camille ne portaient pas de gilet quand ils étaient dans le cockpit, mais la règle à bord rendait obligatoire la présence dehors de l'un ou l'autre des parents. Et si nous nous aventurions sur le pont alors ils capelaient leur gilet. Yves Godard semble avoir été à ce sujet un peu léger en laissant ses deux enfants qui à 4 et 6 ans ne savaient probablement pas encore nager, seuls jouer sur le ponton, comme l'a indiqué le gestionnaire de la société Alet Location.
Le radeau de survie gonflé puis remorqué, ballotté, déchiré, avant de se libérer et dériver jusqu'en Angleterre.
Sur le Sun Odyssey 30, le radeau de survie est situé tout à l'arrière. Lors du choc il aura été sorti de son logement, avant de finir rapidement à l'eau, et d'être traîné à 10 nœuds, ce qui aura déclenché son gonflement automatique. En effet, l'extrémité du cordage du radeau est toujours frappée sur un point fixe sur le bateau. On peut supposer que c'est au même moment que l'étrave du navire abordeur s'est prise dans les haubans, probablement sous les barres de flèche, sous ce hauban qu'on appelle l'inter, sinon le voilier aurait offert trop de prise à l'eau et les cadènes de hauban auraient fini par s'arracher. Le voilier s'est fait entraîner par le navire abordeur, plaqué le long de son bordé, d'un côté ou de l'autre, tandis que derrière le radeau de sauvetage lui aussi 'chalutait', à une dizaine de mètres (la longueur du bout) à l'arrière du voilier. Avec un radeau ballottée dans tous les sens, les appendices, remplis d'eau, n'auront pas résisté très longtemps, et ils auront vite été déchirés et arrachés, en quelques secondes. Les appendices du radeau, ce sont la tente, les poches d'eau, et les marches pour pouvoir grimper dans la survie depuis la mer. En 2010, j'avais suivi auprès de MACIF Centre de Voile à La Rochelle un stage de survie ISAAF, formation obligatoire pour participer à une course au large. Dans ce cadre (c'était en février, quelques heures avant l'arrivée de la tempête Xyntia!), vêtus d'une combinaison de survie, nous avions percuté un radeau, c'est à dire qu'il avait été jeté à l'eau et son gonflement avait été déclenché par un coup brusque sur le cordage. Puis avec mes comparses, vêtus d'une combinaison de survie, nous nous étions jetés à l'eau, avant de monter à bord du radeau. En dehors des deux rangs de boudins gonflables et du plancher (lui aussi gonflable dans le cas des radeaux hauturiers), l'embarcation dispose dessous de poches en tissus qui se remplissent d'eau et qui ont deux rôles. D'une part, celui de limiter la dérive du radeau, et d'autre part, d'assurer sa stabilité, en l'empêchant de chavirer en cas de mauvais temps. Regardez quand sur une plage un ballon parti sur l'eau, la vitesse à laquelle il s'éloigne, poussé par le vent. Même si les frottements sont plus importants sur un radeau que sur un ballon, sans ces poches, le radeau dérive très vite. Alchimie des vents et des courants, il aura fini sur une plage d'Angleterre. Le trimaran de Charlie Capelle, A'Capella, avait au retour d'une Route du Rhum chaviré au large de Terre Neuve. A l'envers, le bateau avait dérivé et ainsi traversé l'Atlantique jusqu'à s'échouer neuf mois plus tard sur une plage de Galice, en Espagne. Le radeau possède également un arceau gonflable, qui va soutenir la tente, et protéger ses éventuels occupants. Il suffit d'imaginer le radeau du Nick traîné le long de la coque du navire à 10 nœuds. Les coutures et les tissus des poches ne sont pas faites pour supporter un tel effort. Idem pour l'arceau et la toile de tente, avec une telle prise à l'eau, dès qu'elle se sera remplie, il est pratiquement certain qu'elle n'aura résisté que quelques secondes. Ensuite plus rien ne venait freiner la survie ballottée le long du flanc du navire, et elle a pu ainsi rester là plusieurs heures, jusqu'à la découverte par l'équipage du bateau abordeur du voilier pris dans l'étrave. Car les boudins sont costauds, avec une double enveloppe il me semble. La construction est sérieuse, et les radeau fabriqués par Plastimo ont bonne réputation. La présence de cordages de pêche retrouvés à l'intérieur de la survie pourrait laisser penser qu'il s'agissait peut-être d'un navire de pêche. Je n'ai pas d'explication en ce qui concerne le bâtonnet de sucette retrouvé dans le radeau. A ma connaissance, du moins sur les radeaux de la marque Viking, la bouteille peut très bien être retirée, notamment pour qu'elle soit pesée afin de vérifier lors des révisions si la contenance en air comprimé est conforme. Cependant l'ingénieur de chez Plastimo a indiqué le contraire. Alors que je me trouvais en Nouvelle Zélande, en 2023, j'avais révisé mon radeau par moi-même, je l'avais gonflé manuellement, retiré et pesé la bouteille, etc. et bien sûr le radeau était resté gonflé ; j'ai donc quelques notions sur le sujet.
Le voilier est ainsi resté accroché à l'étrave du navire toute la nuit, jusqu'aux premières lueurs du jour.
Lors du choc, je pense que c'est le gréement du voilier qui s'est pris dans la haute étrave du navire, probablement sous les barres de flèche. En baie de Saint Brieuc, probablement là où ont été remontés les deux petits crânes, entre le Rohein et le Petit Léjon. Il est vraisemblable que les enfants étaient alors dans le cockpit, peut-être roulés dans un plaid, sans gilet comme je l'ai suggéré plus haut, partageant avec leur père la beauté et la quiétude d'un début de nuit de fin d'été en mer. Car s'ils avaient été à l'intérieur, les petits crânes n'auraient pas été retrouvés près du Rohein. C'est probablement à ce moment que le gilet de sauvetage se sera retrouvé à l'eau. On peut imaginer que le bateau est ainsi resté plus ou moins intact un certain temps. Quand je dis intact je pense à son intégrité structurelle, car il aura bien sûr été endommagé lors du choc, rempli d'eau, et aussi par les mouvements de frottement de la coque en polyester sur la coque en acier. Pourquoi intact ? Parce qu'on n'a rien retrouvé en baie de Saint Brieuc, si ce ne sont les petits crânes. Pas même le dragueur de mines dépêché sur place, et que l'on peut considérer comme performant pour ce genre d'exercice. Plus tard, à proximité, a surgit le champ d'éoliennes off shore de la baie de Saint Brieuc, et on peut imaginer que chaque m² de la baie a depuis été passé au peigne fin.
Jusqu'au large de l'île de Batz.
Le voilier sera ainsi resté accroché jusqu'au lever du jour, quand l'équipage du bateau abordeur se sera rendu compte de sa présence. Il aura du rester coincé au moins huit heures sur son étrave, le temps qu'il faut pour parcourir la distance, 80 milles environ, qui sépare le lieu supposé de l'abordage (vers le Petit Léjon), à la zone où ont été retrouvés l'annexe, le sac, et les ossements d'Yves Godard. Ce qui correspond en gros à la durée de la nuit début septembre, d'une petite dizaine d'heures déjà. Mais pourquoi après toutes ces heures le voilier se serait-il dégagé seul de l'étrave ? Le fait d'arrêter le navire aurait peut-être suffit. Je ne crois pas. Le navire s'est arrêté, et faute de pression sur le voilier, c'est à ce moment-là que le corps d'Yves Godard, ainsi que le sac, se seront retrouvés à la mer. On peut imaginer que malgré le fait que le navire se soit arrêté, le gréement était toujours bien coincé dans l'étrave, avec dessous le Nick. Il aurait alors fallu pour que le voilier se décroche battre en marche arrière. Le voilier devait alors être rempli d'eau. On peut aussi imaginer qu'à ce moment l'annexe était arrimée sur le roof. Certains préfèrent l'amarrer le long du tableau arrière mais personnellement je n'aime pas ça. Je préfère la hisser sur le rouf en la laissant à l'endroit, sanglée, avec ses avirons à poste, et il m'arrive parfois de stocker du matériel dedans, la nourrice à essence, un taud, etc. Et ce même pour de grandes navigations. Ainsi avant de réviser ma survie en Nouvelle Zélande j'ai navigué avec mon annexe gonflée sur le rouf entre Tuamotu et Nouvelle Zélande, soit 3000 milles (5500 km environ). Yves Godard était expérimenté et j'imagine qu'il aurait fait la même chose que moi. Après être allé mouiller aux Hôpitaux, il aura probablement ensuite passé la soiré du 2 septembre à Port Barrier, où il aura peut-être utilisé l'annexe pour aller à terre. Puis après avoir remonté cette dernière à bord, hissée sur le pont il aura laissé son ciré dans l'annexe, et les avirons engagés dans les dames de nage. Je fais de même. Avec le petit temps qui régnait alors rien ne pouvait lui arriver. On peut supposer que l'équipage du navire abordeur s'apprêtait alors à larguer le voilier pour qu'il coule, et c'est la raison pour laquelle l'annexe a été larguée, afin qu'elle n'empêche pas le Nick de sombrer. La réserve de flottabilité de l'annexe n'est pas énorme, mais ça peut faire la différence, surtout si des bulles d'air persistent dans le voilier. On peut aussi imaginer que le radeau de survie sera resté accroché jusqu'à ce moment-là, et un membre d'équipage du navire abordeur aura desserré à l'aide de clés la bouteille d'air comprimé, comme l'a suggéré l'ingénieur de chez Plastimo interrogé par un juge d'instruction. Ou peut-être s'était-elle desserrée seule un peu plus tôt sous l'action de la traction. Puis ils se seront ravisés en se disant que par ces fonds d'une petite centaine de mètres, l'épave serait un jour ou l'autre repérée. Peu de temps après son naufrage, l'épave de La P'tite Julie avait ainsi été 'crochée' par un autre navire de pêche (voir le rapport du BEA). Pris de panique, même s'il s'agissait d'un accident, et se sentant coupable de ne pas s'être rendu compte plus tôt de l'abordage (et peut-être sous l'emprise d'alcool ou de stupéfiants?), on peut imaginer que l'équipage aura pris la décision de faire disparaître l'épave en allant plus loin vers le golfe de Gascogne, à 150 milles de là (oui je sais ça fait beaucoup, une quinzaine d'heures de route à 10 noeuds), dans les fonds de plusieurs milliers de mètres, au large du plateau continental, là où la pêche est inexistante. Ainsi l'équipage du bateau abordeur aurait fait disparaître toute trace de l'accident. Pas de voilier, pas d'identification, pas d'erreur de navigation. Et pas d'emmerdes. Comme l'a fait dans un premier temps en baie de Saint Brieuc le matelot de l'Indomptable quand il a remonté lors d'un premier trait de chalut le petit crâne (probablement celui de Marius) avant de aussitôt le remettre à l'eau. En mer on ne pense pas toujours comme on peut le faire à terre. Et comme on a tendance à le dire parfois, ce qui se passe à bord d'un bateau ne quitte pas le bateau.
Pour conclure...
J'imagine qu'au cours de l'enquête des recherches ont déjà été effectuées afin d'identifier des navires qui auraient pu naviguer en baie de Saint Brieuc cette nuit du 2 septembre, avant de se diriger vers l'Ouest de la Manche. Et que le trajet qui va de Saint Malo ou d'Erquy aux Heaux de Bréhat et qui rejoint les positions où ont été retrouvés l'annexe, le sac vert, et les ossements d'Yves Godard ont déjà été sondés par la Marine Nationale. Quant à aller sonder les grands fonds...
Deuxième énigme.
J'avais prévu de m'en tenir à la partie maritime de l'affaire, à la disparition du bateau et de son équipage, et laisser de côté celle de Marie-France, pour laquelle je ne suis pas expert. Car comme je l'ai suggéré dans la première partie de mon texte, il s'agit selon mes réflexions de deux histoires différentes. La mort de deux êtres qui s'aimaient, dans un incroyable et effroyable concours de circonstances. Et puis je me suis laissé happé par l'affaire, cogitant des heures, des jours et des semaines, et même des mois. Jusqu'à arriver à cette hypothèse. Là aussi, tout concorde.
Autant l'écrire tout de suite, et comme le laisse supposer la première partie de ma théorie. Je ne crois pas qu'Yves Godard ai assassiné sa femme Marie.
Reprenons depuis le début, depuis cet après-midi de la journée du mardi 31 août au cours de laquelle Yves Godard a emmené ses enfants pour une partie de pêche à la ligne au bord d'un étang. Yves Godard avait réservé le bateau depuis quelques semaines, mais il n'en n'avait pas parlé à Marie, car il voulait lui faire une surprise. Le rêve d'un homme qui a entre autre passions la mer, la voile et les bateaux ; une passion qu'il aurait aimé pouvoir partager avec Marie sa nouvelle épouse, comme il avait pu la partager avec sa première compagne, Régine. Alors il manigance tout. Non pas pour disparaître à tout jamais et refaire sa vie dans un pays lointain, mais pour proposer à Marie quelques jours entre ciel et mer, tous les quatre, en famille, en baie de Saint-Brieuc, avec leurs deux enfants. Plusieurs semaines en amont, parallèlement avec la réservation du voilier, il inscrit sur son agenda et pour cette semaine du 30 août des rendez-vous bidons, certains patients sous leur véritable patronyme, d'autres complètement fantaisistes ; ceci afin de ne pas alerter Marie, et surtout pour qu'elle ne prenne pas des rendez-vous bien réels ceux-là et qu'il faudrait annuler au dernier moment, avant de partir naviguer. L'un d'eux cependant passera au travers du stratagème imaginé par Yves Godard, une patiente se présentera au cabinet le mardi, et trouvera bien entendu porte close. Yves Godard est un romantique, il lui est arrivé pour l'anniversaire de Marie de lui faire livrer des fleurs en signant d'un inconnu qui aurait entendu parler de la date d'anniversaire. Faire une surprise à sa bien aimée, c'est aussi la raison pour laquelle Yves Godard n'a pas prévenu la voisine pour qu'elle vienne s'occuper du ou des chats ; et qu'il n'a pas déposé de boites de croquettes comme il le fait habituellement quand ils s'absentent quelques jours. Car en faisant ainsi, il aurait pris le risque de voir la voisine 'cafeter' l'info et le projet de la croisière auprès de Marie. Je pense que ce matin là, à 8h45, quand le van VW a quitté le domicile familial, Marie se trouvait effectivement dans la camionnette, comme l'a suggéré Bernadette la voisine, assise sur la banquette arrière. Peut-être pour se plonger dans les écrits de Castaneda ou de Krishnamurti, auteurs phares des milieux babos des années 80, et dont des livres ont été retrouvés dans la voiture ?
Marie-France aura dans un premier temps dit 'oui' à la croisière, avant de se rétracter alors qu'ils sont en route vers Saint Malo.
Le mardi 31 août vers 20h00, Marie et sa grande fille Fanny se sont parlé au téléphone, comme apparemment elles en avaient l'habitude, comme le font mère et fille. Yves n'était pas encore rentré de sa partie de pêche avec les enfants, et il n'avait pas encore fait part à Marie de son projet de partir tous les quatre, de s'offrir une virée en voilier au départ de Saint-Malo. Mais le lendemain matin au moment de partir, il a bien fallu prévenir Léo et Fanny, dont c'est le domicile à mi-temps. Ils étaient sensés arriver le vendredi suivant. D'où le papier bien en vue sur la table de la cuisine. « Léo, Fanny. Nous partons quelques jours, pour décompresser. Nous revenons dimanche. Signé : Yves, Maman ». On peut imaginer que c'est après le coup de fil entre Fanny et Marie sa mère, après qu'Yves soit rentré de la partie de pêche aux bords d'un étang avec les enfants, qu'il en informe Marie. On peut supposer que la réaction de la jeune femme est mitigée, car Marie semblait ressentir une certaine aversion envers les bateaux. Tout au moins des petites embarcations, j'ai cru comprendre qu'elle avait été terrorisée quand Yves l'avait emmenée à bord d'un Hobie Cat, à Granville je crois. Et ce d'autant plus qu'en parcourant différents documents, il semble apparaître que Marie n'était pas ce genre de femme à faire quelque chose qu'elle n'avait pas envie de faire. Cependant dans un premier temps et probablement pour faire plaisir à son amoureux, elle aura décidé de lui dire : « oui peut-être » à la navigation. Quand on écrit des lettres d'amour à la personne avec qui on vit, comme c'était apparemment le cas, on est forcément très attachés l'un à l'autre. Yves Godard, après avoir informé Marie du projet de croisière, aura ensuite tout naturellement gommé sur l'agenda les rendez-vous bidons, destinés à ne pas alerter sa femme, inscrits au crayon papier. En les gommant, il n'aura pas cherché à dissimuler quoi que ce soit, simplement, ces faux rendez-vous n'avaient plus raison d'être. Cette semaine là il n'y en aurait aucun. Puis ils ont fait leurs bagages, Marie aura même transféré le contenu de son sac à mains dans deux pochettes de type banane, plus adaptées au bateau, qui seront retrouvées dans le sac vert. Le lendemain à 8h45, mais toujours dans l'incertitude, Marie sera montée dans le van, avec son mari et ses enfants, en direction de Saint-Malo.
Je viens, je ne viens pas... Dans la voiture, Marie fini par informer Yves qu'elle ne souhaite pas les accompagner.
On peut imaginer que la veille au soir, vers 21h, en allant déposer les poubelles, quand il est passé devant son voisin, Yves Godard était soucieux. La conséquence de la réponse de Marie, probablement mitigée, et comme il pouvait l'avoir imaginé, elle ne devait pas être particulièrement enchantée de la proposition de son mari. J'imagine qu'elle n'aura pas explosé de joie. Il l'aura pris sur lui, avec une humeur maussade. Et quand le lendemain matin ils passent en voiture devant la voisine, Bernadette aura effectivement bien vu le petit signe de la main que lui aura adressé Marie. Au cours du voyage entre la banlieue de Caen et Saint-Malo, j'imagine que Marie aura rapidement pris sa décision. Non, elle n'irait pas naviguer. Sa peur de la mer. Elle en informe Yves, qui bien sûr est immensément déçu, mais il s'y attendait. Il acquiesce, il aime son épouse, il comprend, elle doit lui dire qu'il doit en profiter, qu'il doit vivre ces quelques jours intensément avec les enfants. Elle a confiance en sa capacité de marin. Dès le dimanche suivant ils se retrouveront. De plus, elle a pour sa part un nouveau rendez-vous avec son psy le lendemain, le 2. Le rendez-vous avec le loueur est à 10h30, aux Bas Sablons au ponton E 79, et s'ils veulent être à l'heure, il est désormais trop tard pour faire demi-tour. Alors on peut imaginer qu'Yves a pris son téléphone et a appelé un proche, à qui il aura demandé de bien vouloir les retrouver aux Bas Sablons, pour y récupérer Marie, et la ramener chez eux en Normandie. Le port de plaisance de Saint Malo étant le seul endroit possible, au vu du timing serré entre les heures de départ et d'arrivée, toutes deux certifiées d'une part par le passage de la boulangère à 8h45 à Tilly, au domicile des Godard, et d'autre part par l'arrivée à Saint-Malo, à 10h30, confirmé par l'agent de Alet Location.
Henri Godard, le père d'Yves Godard.
Les bateaux d'Henri Godard, le père d'Yves, ont toujours été basés à Saint Malo, le Brise de Mer 31 puis le Romanée. D'ailleurs son père habite alors tout près de Saint-Malo, à une quinzaine de kilomètres, à Cancale. Depuis plusieurs années, les relations s'étaient tendues entre le père et le fils, notamment depuis que le père avait, sur un coup de tête, vendu sa maison d'alors pour acheter un gros bateau et partir faire le tour du monde. Six mois plus tard, il abandonnait son épouse Yvette en Espagne, et rentrait rejoindre sa maîtresse, Lucie, qu'il 'entretenait' depuis un certain temps dans un appartement à Dinan. Ils s'étaient cependant réconciliés, et un mois avant la disparition du Nick, les 3 et 4 août, Marie et Yves avaient, au retour d'un séjour de quelques jours à Nice, passé un week-end à Cancale chez Lucie et Henri Godard. Le soir même du jour où l'annexe a été retrouvée, au large de l'île de Batz, la première personne à avoir été contactée par la Gendarmerie Maritime aura été Henri Godard, dont les coordonnées téléphoniques avaient été trouvées dans le Minitel par un gendarme. Il était alors médecin probablement retraité, pédo psychiatre, et chef de service à l'hôpital psychiatrique de Dinan. Au gendarme, il prétend ne pas être au courant que son fils a loué un bateau. Il avoue également être surpris d'apprendre qu'ils ne sont que trois à bord, que Marie n'était pas là (« le loueur a du se tromper », a-t-il déclaré). Sitôt informé par le gendarme, c'est la fin de l'après-midi, il se rend aux Bas Sablons, à Saint-Malo, à une quinzaine de kilomètres de chez lui, repère le van, et le lendemain matin, rappelle les gendarmes pour leur indiquer que le VW de son fils se trouve bien sur le parking du port de plaisance. Dans son ouvrage, Eric Lemasson écrit : « Aux dires de la famille, le docteur Godard père évoquera dès le début le lendemain (de la disparition NDLR) la question de la succession, et parlera même de caveau de famille ». Ce qui peut paraître surprenant, puisque rien ne laisse présager à ce moment, si ça n'est l'annexe à la dérive, du moindre drame. Un autre jour, il déclarera avoir examiné le profil psychiatrique de son fils, et en avoir déduit qu'il était tout à fait apte à commettre un suicide collectif familial (cf. podcast France Inter). Au tout début de l'affaire, et probablement au cas où Yves Godard (à moins que le juge n'ai eu une autre intention?), supposé en fuite, aurait essayer de joindre son père, Henri Godard avait été mis sur écoute, et son courrier avait été surveillé. Enfin, Henri Godard était alors expert psychiatre auprès de la Cour d'Appel de Rennes.
Et si Yves Godard n'était pas allé à Intermarché ?
Depuis le début de mes réflexions quelque chose me chiffonne en ce qui concerne les achats supposés effectués par Yves Godard à l'Intermarché en périphérie de Saint Malo. Quelque chose ne colle pas, et en premier lieu les bouteilles de whisky. A ce que j'ai cru comprendre, Yves Godard ne buvait plus d'alcool. Il préférait nettement la menthe à l'eau. Alors pourquoi aurait-il acheté, juste avant de partir en croisière, du whisky ? D'autre part, il ne fait aucun approvisionnement pour la croisière, pas de nourriture, pâtes en tête, une alimentation dont raffolent tous les enfants. Ce qui laisse supposer que les vivres ont été achetés en amont. J'ignore quand. Peut-être avec du cash. Et la personne qui ce jour là fait ces achats achète au contraire des friandises pour les enfants, des paquets de gâteaux et de bonbons, et même des jouets. Enfin, et ce qui nous intéresse le plus, il achète aussi deux rouleaux de sacs poubelle, des serpillières, et un gros flacon de MIR, celui-là même qui sera retrouvé à l'arrière du van. Dans la logique de l'homicide par Yves Godard, alors tout se tient, ou du moins pour le flacon de MIR : après avoir tué sa femme, et en avoir transporté le corps dans la camionnette (avec dedans ses enfants!), Yves Godard aurait acheté le MIR pour nettoyer les coulures de sang. Ces évidences sont corroborés par le fait que les achats ont été réglés par la carte de crédit d'Yves Godard.
Mais si ça n'était pas lui qui avait effectué ces achats ? Dont aucun n'est prévu pour la croisière ? J'ai imaginé précédemment qu'Yves Godard avait appelé un proche (je pense à son père) pour qu'il vienne chercher Marie afin de la ramener près de Caen. Il est bien arrivé aux Bas Sablons mais dans la précipitation de son départ, il a oublié de prendre avec lui le moindre moyen de paiement, cash ou carte de crédit, ou encore un chéquier, qui à la fin du second millénaire était un moyen de paiement courant. Alors il aurait demandé à Yves de lui prêter sa carte de paiement, celui-ci lui aurait donné son porte monnaie, avec toutes ses autres cartes, celles qui seront retrouvée sur la plage des Ebihens. Ainsi Marie et son futur assassin auront pris la direction de l'Intermarché, de l'autre côté de la ville, assez éloigné du port, mais que l'on peut supposer habituel à Henri Godard. On aime bien faire ses courses dans une grande surface dans laquelle on a ses habitudes. On gagne du temps. Il y achète quelques bricoles à grignoter, les produits de nettoyage, j'ignore pourquoi, il en profite pour 'gâter' les enfants d'Yves et Marie, et il glisse dans le caddy quelques paquets de bonbons et de biscuits, ainsi que des jouets. Comme peuvent le faire un oncle ou une tante, ou des grands parents, qui n'ont pas vu les enfants depuis un certain temps, et qui ont envie de leur faire plaisir. Les bouteilles de whisky quant à elle laisseraient penser que l'acheteur aurait un petit penchant pour la boisson. Car à ma connaissance il n'a pas acheté d'amuse-gueules et autres biscuits apéritif pour un moment convivial entre amis, entre voisins de mouillage par exemple. Le gestionnaire d'Alet Location a affirmé avoir vu Yves Godard et ses enfants remonter dans le van à 11h. On peut donc supposer qu'ils seront allés retrouver Marie et son futur assassin, à Intermarché. Ou à Cancale ?
Marie rentre en Normandie. En compagnie de son beau-père.
Poursuivons le déroulé de notre intrigue. Sur le parking d'Intermarché, ou à Cancale, Henri Godard donne à ses petits-enfants les jouets, les paquets de bonbon et de gâteaux. Marie embrasse Yves, Camille et Marius, puis elle monte en compagnie de son futur assassin dans le van d'Yves, et ils prennent la direction de la Normandie. Yves et les enfants rejoignent le port avec la voiture de son père, ils descendent sur le ponton E et rejoignent le Nick. Plus jamais Yves et les enfants, et Marie, se se reverront. Entre quelques heures et deux jours plus tard, toute la famille aura trépassé. Henri Godard aura ramené Marie chez elle en Normandie. A quel moment ? Je n'ai pas à ma disposition suffisamment d'éléments, et j'ignore notamment si les voisins sont restés chez eux ce jour là, s'ils pouvaient entendre le bruit de voitures sur le gravillon, etc. Une reconstitution a été organisée, mais j'en ignore les résultats, et elle concerne la nuit du 30 et non pas la journée et la soirée du 1er. Ils arrivent au domicile, probablement en début d'après-midi. Quand Fanny était arrivée dans la maison le vendredi elle se souviendra plus tard avoir remarqué une forte odeur de papier brûlé, et les enquêteurs trouveront dans la cheminée des restes... de papiers brûlés. Supposons. Une dispute survient entre Henri Godard et sa belle-fille. Une consommation de whisky n'y est peut-être pas étrangère. Aurait-elle été déclenchée par un secret de famille que l'un ou l'autre aurait aimé voir disparaître ? Les papiers brûlés ? La dispute est violente, et dégénère. Il n'y a aucune intention de tuer. Des mots, des éclats de voix, puis un coup. Il est excessivement violent. Au cou, probablement. Un objet tranchant qui sectionne une artère. La dispute a lieu en bas, Marie se réfugie sur le canapé, où son sang se répand. Puis elle monte l'escalier, de l'artère sectionnée gicle du sang, qui souille les murs. La plus grande quantité de sang a ensuite été retrouvée sur le lit, pas suffisamment d'après l'enquête cependant pour provoquer la mort. Dans un état second, Henri Godard, désemparé par la gravité de son geste (il est médecin et il sait que sans aide il ne pourra pas contenir l’hémorragie), tente de nettoyer les traces de son méfait de façon maladroite. Il met le plaid de l'un des canapés, maculé de sang, dans le lave linge, il ne se rend même pas compte que du linge s'y trouve déjà. D'ailleurs il va y oublier le plaid. Il est pris de panique, le nettoyage est sommaire, c'est fait de façon maladroite.
Marie s'éteint, son corps est transporté dans le coffre du van.
C'est peut-être à ce moment que l'assassin prépare le cocktail calmant pour sa victime, un mélange de Paracétamol et de Méprobamate (qu'il aura probablement trouvé dans la trousse de médecin de son fils, restée dans le van), un traitement administré semble-t-il à l'époque par les médecins lorsqu'ils étaient appelés par exemple pour calmer une personne agitée, avant de jeter la feuille de papier essuie tout dans les toilettes, sans tirer la chasse, et où il sera retrouvé. Plus tard, les examens sur le sang retrouvé au domicile, ne décèleront pas de trace de ces médicaments. Peut-être le médicament n'a-t-il pas été administré ? Ou alors après que ne fussent répandues ces taches. J'ignore ce qu'il en est du sang retrouvé dans le van, dans lequel aura été transporté le corps de Marie, jusqu'à la région de Saint Malo. Dans un geste illusoire, il retourne même le matelas, le recouvre. Il met aussi le feu à ces documents qu'il souhaite faire disparaître. Cela fera cependant illusion, et même Fanny, dont c'est le domicile à mi-temps, ne remarquera rien quand elle s'y rendra le vendredi. Je pense qu'il se sera débarrassé du corps tout près de chez lui, ou chez lui. Puis après être allé enterrer le corps, ce qui aura pris du temps, car manier la pelle et la pioche quand on n'y est pas habitué et à un certain âge n'est pas un exercice facile, la nuit, il aura ramené le van aux Bas Sablons, vers 1 heure du matin. On peut imaginer qu'il allait tenter de nettoyer le coffre du van avec le MIR quand il aura été dérangé par le vigile, ce qui expliquerait pourquoi tout était ouvert. Il aura alors abandonné précipitamment son ouvrage, avant de rentrer chez lui dans sa voiture, laissée sur la parking par Yves Godard. J'imagine que les enquêteurs auront relevé les empreintes digitales présentes sur le volant du VW. Je l'ignore, mais si des empreintes digitales d'Henri Godard ont été retrouvée dans le van, elles ont pu être justifiées par le fait que le dimanche 5 mai il a déclaré aux gendarmes s'être rendu aux Bas Sablons et qu'il y a trouvé le van ouvert, les portes non condamnées. Notre assassin ne sait pas bien sûr à ce moment-là (et il ne l'a jamais su) que le Nick avec à bord Yves Godard et ses deux enfants va disparaître, abordé le lendemain soir par un navire au large de Pléneuf Val André.
Le flacon de MIR ouvert découvert à l'arrière du van.
Les cartes retrouvées aux Ebihens : une théorie possible.
A l'époque, les caméras de surveillance n'étaient pas généralisées comme elles le sont aujourd'hui. Cependant aucune caissière plus tard ne s'est souvenue d'un papa avec ses deux enfants, pour la bonne raison qu'ils ne sont probablement jamais rentrés dans le magasin. J'imagine qu'ils se seront retrouvés à l'extérieur. Et si effectivement Yves Godard ne s'est pas rendu au supermarché on peut supposer qu'il n'a pas non plus récupéré sa carte de crédit après les achats réalisés par son père. Même si j'ai du mal à imaginer qu'il soit partit sans sa carte de crédit, et donc sans son porte monnaie en le laissant à sa femme, et à son père. Car s'il avait prévu d'aller jusqu'à Perros, et en admettant qu'il entre dans la marina, il aurait bien fallu s'acquitter de la taxe de mouillage. Il lui restait cependant deux carnet de chèques, celui de l'annexe, et l'autre du sac vert. Alors ça serait son père, qui, afin de brouiller les pistes un peu plus, ou peut-être pour aiguiller les enquêteurs vers sa propre piste (en vain), aurait effectivement disséminé les cartes, au fil du temps, sur la plage des Ebihens. Idem pour les lettres anonymes, afin de faire tourner les enquêteurs en bourrique. Ce qui a très bien fonctionné. Je trouve surprenant que Marie n'ai pas récupéré ses affaires après avoir décidé de ne pas participer à la croisière, sans pouvoir proposer la moindre explication plausible. Il reste là quelque chose à creuser. Peut-être s'étaient-ils disputés ?
Les lettres anonymes à la gendarmerie de Falaise.
Il est évident qu'Henri Godard n'a pas écrit lui-même les lettres anonymes, les analyses graphologiques l'auraient révélé, mais il est possible qu'il en ai été l'instigateur, même si j'ai du mal à imaginer dans quel but il aurait fait ça, quel bénéfice il aurait voulu en tirer. Car au lieu d'orienter les enquêteurs vers lui, il les envoyait au bout du monde, et ceux-ci n'ont eu d'autre alternative que de s'y rendre, pour enquêter. Car bien sûr il n'a jamais imaginé que le voilier sur lequel naviguait son fils ai pu aller par le fond avec les deux enfants à bord. Dans la deuxième missive, le fait de nommer Marius et Camille peut laisser croire à quelqu'un qui connaît les enfants. Et pour cause. Quant aux cartes, comme je l'ai suggéré, ça n'est pas Yves Godard qui a payé les achats à Intermarché, selon moi, il n'y est pas allé. Marie-France et son beau père ont donc conservé avec eux le porte cartes d'Yves Godard. Ensuite, Henry Godard l'a conservé avec lui. Et 16 mois plus tard, comme s'il avait voulu donner aux enquêteurs des indices pour qu'ils se mettent sur sa piste, alors il aurait disséminé, au fil du temps, les cartes. Depuis un bateau, comme un plaisancier lambda mouillé aux Hébihens ? Rendant ainsi inopérantes les surveillances nocturnes effectuées par la gendarmerie, équipée de jumelles à vision infra rouge.
Epilogue.
Tout cela n'est qu'une fiction, sortie de mon imagination. Mais qui sait peut-être un jour, quelque part au fond d'un jardin dans la région de Cancale, sous terre, on découvrira des restes de vêtements, et peut-être même les restes d'une jeune femme de 45 ans. Les analyses ADN prouveront qu'il s'agit de Marie-France Godard. De la même façon, peut-être que, la technologie aidant, un navire de la Marine Nationale ou bien de l'Ifremer retrouvera, sur le tombant du plateau continental, aux environs du 47° 37'N et 7° 08 W, vers le Bas Fond de la Chapelle, le point abyssal (4.000 mètres de fond) le plus proche du lieu où ont été retrouvés les os d'Yves Godard, le sac vert, et l'annexe, l'épave du Nick. J'ai questionné une amie chercheuse à l'Ifremer, selon elle, la technologie actuelle n'a pas encore la capacité de repérer une épave par 4.000 mètres de fond sans position précise.
Ou peut-être un marin pêcheur, l'âge aidant, sur ses vieux jours, membre de l'équipage du navire abordeur, pris de remords et détenteur du secret, avouera qu'un matin de septembre 1999 au large de l'île de Batz, alors qu'ils faisaient route vers leurs lieux de pêche, ils s'étaient rendus compte au lever du jour qu'un voilier, du nom de 'Nick', était accroché à l'étrave de leur navire.
Alors les premiers enfants d'Yves Godard, Frantz puis Kevin et Erwan, sauront que leur père n'est pas un assassin. Et les grands enfants de Marie, Léo et Fanny, pourront enfin faire le deuil de leur maman, et lui offrir une sépulture, près de Yves, son bien aimé, et de Camille, sa fille. Tout en sachant que le petit Marius quant à lui repose en paix au fond de la baie de Saint-Brieuc.










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